Cet article est la partie 3 de la série « De l'indépendance réelle après le chômage ».
L'intégration des personnes à la recherche d'un emploi dans le premier marché du travail constitue la mission fondamentale principale de l'assurance-chômage suisse (ALV). Un instrument spécifique et extrêmement complexe pour atteindre cet objectif supérieur est la mesure relative au marché du travail (AMM) d'« encouragement de l'activité indépendante » (FSE) conformément aux art. 71a à 71d de la loi sur l'assurance-chômage (LACI/AVIG) en relation avec les art. 95a à 95e de l'ordonnance sur l'assurance-chômage (OACI/AVIV).
Cette mesure a pour but de permettre aux personnes sans emploi de planifier et de préparer de manière structurée une activité indépendante durable et économiquement viable, sans être soumises pendant la phase de planification à la pression existentielle d'une perte immédiate de revenu ou à la rigide obligation de chercher un emploi. Le soutien financier s'effectue principalement par le versement d'indemnités journalières ordinaires de chômage pendant une phase de planification définie, ainsi que, à titre subsidiaire, par la prise en charge éventuelle des risques de perte liés aux cautionnements.
Le présent rapport analyse la mesure FSE en extrême profondeur sur le plan du contenu et du droit. L'étude se base entièrement sur les fondements juridiques de la Confédération, la jurisprudence actuelle du Tribunal fédéral, les directives obligatoires du Secrétariat d'État à l'économie (SECO AVIG-Praxis AMM et ALE) ainsi que les dispositions d'exécution cantonales spécifiques du canton des Grisons. Un accent régional particulier est mis sur le traitement administratif pour les demandeurs d'emploi de la région de Viamala, à savoir la commune de Domleschg, en interaction avec le centre régional de placement (RAV) compétent de Thusis, l'Office de l'industrie, du commerce et du travail (KIGA) des Grisons et la Caisse de compensation/SVA des Grisons.
Conditions requises pour toucher les indemnités journalières pendant la phase de planification
L'octroi d'indemnités journalières pour l'encouragement d'une activité indépendante est subordonné à des conditions normatives strictes et cumulatives. L'examen matériel de ces conditions incombe à l'office cantonal, dans le canton des Grisons le KIGA, en étroite coordination avec la caisse de chômage compétente (ALK). La mesure ne sert explicitement pas à procurer des avantages économiques injustifiés aux personnes assurées ou à subventionner des secteurs d'activité particuliers, mais vise en premier lieu à mettre fin de manière durable au chômage.
La personne requérante doit d'abord remplir les conditions générales du droit aux indemnités de chômage (ALE) selon l'art. 8 AVIG. Cela implique que la personne concernée doit impérativement être au chômage et subir une perte de travail prise en considération d'au moins deux jours de travail consécutifs complets, entraînant une perte de gain. Concernant la période de cotisation, la loi exige la preuve d'au moins 12 mois de cotisation au cours du délai-cadre de cotisation ordinaire de deux ans. Le législateur prévoit toutefois des exceptions : les personnes libérées des conditions de période de cotisation par la loi – par exemple en raison d'une formation scolaire, d'une maladie ou de la suppression d'une rente de l'assurance-invalidité (IV) – peuvent également prétendre aux indemnités journalières de la phase de planification, en tenant compte d'éventuels délais d'attente spécifiques.
Une condition démographique impérative est que la personne assurée ait accompli sa 20e année au moment du versement de la prestation. En outre, un domicile légal en Suisse est indispensable ; les frontaliers sont exclus de cette prestation spécifique de l'ALV suisse et doivent faire valoir leurs droits dans leur pays de résidence.
Une prémisse fondamentale réside dans l'aptitude générale au placement de la personne requérante. Jusqu'au moment de l'octroi définitif de la décision FSE par le KIGA, la personne doit en principe être prête, en mesure et en droit d'accepter un travail convenable. Le SECO rappelle clairement dans sa pratique AVIG AMM (ch. K31) qu'une inaptitude au placement existante ne peut pas être légitimée par une décision FSE rendue avec effet rétroactif. Cela s'applique en particulier dans les situations où la personne assurée a déjà commencé de son propre chef à mettre en œuvre la phase de planification sans avoir déposé de demande formelle auprès du RAV compétent dans un délai utile. L'acceptation d'un emploi salarié convenable prime toujours sur l'encouragement d'une activité indépendante dans la pratique du KIGA.
| Critère | Définition juridique et application dans le contexte FSE |
|---|---|
| Chômage | Perte de travail et de gain prise en considération d'au moins 2 jours ; inscription au RAV. |
| Période de cotisation | 12 mois de cotisation en 2 ans ou motif légal de libération (art. 14 AVIG). |
| Âge & Domicile | 20 ans révolus ; domicile obligatoire en Suisse (pas de frontaliers). |
| Aptitude au placement | Disposition et capacité fondamentales à accepter un travail convenable jusqu'à la décision formelle FSE. |
| Causalité | Pas de faute propre dans la survenance du chômage en vue de la création d'entreprise. |
| Statut du projet | Orientation obligatoire vers une nouvelle création ; pas de reprise d'entreprises existantes. |
Un obstacle juridique critique lors de l'examen de la demande est le lien de causalité entre la survenance du chômage et le désir d'indépendance professionnelle. Selon la jurisprudence et la pratique AVIG AMM du SECO (ch. K7), le soutien financier selon les art. 71a et suivants AVIG est strictement exclu si la personne assurée a résilié son dernier emploi salarié dans le but précis de se lancer à son compte. L'assurance-chômage est conçue comme une assurance de dommages et ne peut juridiquement pas être considérée comme un fonds public de création d'entreprise.
Si un emploi est abandonné par sa propre faute et sans motif légitime (art. 30 al. 1 let. a AVIG), l'office cantonal prononce obligatoirement des jours de suspension du droit aux prestations. Le Tribunal fédéral a confirmé dans une jurisprudence constante que la durée de la suspension est proportionnelle au degré de la faute et peut aller jusqu'à 60 jours en cas de faute grave. S'il existe un lien de causalité direct entre cette résiliation fautive et la demande FSE, la demande est intégralement rejetée. Ce lien de causalité n'est considéré comme interrompu en droit que si la personne assurée ne se décide à devenir indépendante qu'après plusieurs mois de perception ordinaire d'indemnités journalières et une recherche d'emploi manifestement infructueuse, ou si elle a exercé entre-temps une activité salariée sur le marché libre du travail pendant au moins six mois consécutifs.
Une autre distinction essentielle concerne la nature de l'entreprise : nouvelle création versus reprise d'entreprise. Les indemnités journalières de la phase de planification servent exclusivement, de par leur conception, à préparer une existence économique entièrement nouvelle. La jurisprudence du Tribunal fédéral et les directives explicites du SECO (ch. K23) stipulent qu'aucune indemnité journalière ne peut être accordée pour la phase de planification en cas de reprise d'une entreprise déjà existante et opérationnelle ou d'entrée en partenariat dans une telle structure. La raison juridique et économique est que, pour une entreprise établie, la phase primaire de planification et de préparation du marché est déjà achevée. Les modifications administratives à effectuer, telles que les inscriptions au registre du commerce ou les rendez-vous notariés lors d'une reprise, sont considérées comme de simples actes d'exécution d'une décision entrepreneuriale déjà prise et ne justifient pas une libération de plusieurs mois des obligations de l'assurance-chômage.
Si toutes les conditions préalables sont remplies, l'office cantonal accorde une phase de planification d'au maximum 90 indemnités journalières, ce qui correspond à une durée d'environ quatre mois. S'il reste moins de 90 indemnités journalières à la personne assurée dans le délai-cadre ordinaire de deux ans, ces indemnités de planification ne peuvent être accordées que dans la limite du solde restant, car le dépassement du délai-cadre légal est inadmissible. Si plusieurs personnes au chômage décident de créer ensemble un projet unique, chacune d'elles a droit à un maximum individuel de 90 indemnités journalières.
Pendant cette phase autorisée, un privilège administratif important s'applique : la personne assurée est totalement dispensée des prescriptions de contrôle ordinaires prévues à l'art. 17 AVIG. Elle n'a pas à fournir de preuves de recherches d'emploi personnelles à la caisse de chômage et est libérée de l'obligation de participer aux entretiens de conseil et de placement auprès du RAV. Pendant cette période, elle continue de recevoir 70 ou 80 % de son gain assuré sous forme d'indemnités journalières afin de pouvoir se consacrer à plein temps à l'élaboration de son entreprise. Avant ou pendant cette phase de planification, le KIGA peut autoriser la participation à des cours ou coachings spécifiques (par exemple le programme d'encouragement IFJ) afin de transmettre les outils méthodologiques pour l'ouverture du commerce ; pendant la durée de ces cours, la phase de planification FSE est formellement suspendue et la personne perçoit des prestations ALE ordinaires, après quoi le solde des indemnités FSE peut continuer à être perçu.
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Le business plan : dépôt, examen de la viabilité et dimensions financières
La seule manifestation de volonté de vouloir devenir indépendant à partir du chômage ne suffit en aucun cas pour initier la mesure FSE. Le législateur exige impérativement la présentation d'un dossier de projet dûment documenté.
Conformément à l'art. 71a al. 1 AVIG et aux directives du SECO (ch. K36), la personne requérante doit présenter ce qu'on appelle un « projet sommaire », typiquement sous la forme d'un business plan ou d'un document de concept détaillé. Ce projet sommaire doit impérativement viser à établir une existence économiquement viable et durable. Sur le plan du contenu, l'administration exige des informations structurées et réalistes sur différents domaines de l'entreprise. En préambule figure la description de l'idée commerciale, qui détaille précisément les produits ou services offerts ainsi que la proposition de valeur unique (Unique Selling Proposition). En lien avec cela, une analyse de marché est exigée, identifiant la concurrence directe, évaluant ses forces et faiblesses, et définissant la clientèle cible ainsi que les marchés géographiques. Les aspects opérationnels tels que l'organisation du personnel, la logistique, l'infrastructure et les locaux nécessaires, ainsi que la forme juridique planifiée et le siège de l'entreprise doivent également être exposés.
Le cœur quantitatif du business plan est constitué par la planification financière : un budget de trésorerie et d'exploitation détaillé pour la première année opérationnelle, une ventilation des capitaux propres et tiers nécessaires ainsi qu'une planification réaliste du chiffre d'affaires et du rendement doivent être élaborés. Le dossier est complété par un plan d'action chronologique qui présente de manière transparente les étapes clés et les tâches à accomplir jusqu'au lancement définitif de l'entreprise. En plus de ces documents spécifiques, la demande FSE doit être complétée par des annexes formelles telles qu'un CV actualisé, les diplômes pertinents et les certificats de travail afin de prouver l'aptitude personnelle et les qualifications spécifiques de la personne fondatrice.
Pour une personne à la recherche d'un emploi domiciliée dans la commune politique de Domleschg (issue de la fusion des localités d'Almens, Paspels, Pratval, Rodels et Tomils), le processus administratif commence obligatoirement au centre régional de placement (RAV) de Thusis, situé Feldstrasse 2 / 4 à 7430 Thusis. Le conseiller en personnel du RAV enregistre initialement le désir d'indépendance, évalue l'aptitude lors d'un premier entretien et remet le questionnaire détaillé. La demande FSE dûment complétée, y compris le business plan et toutes les annexes, est ensuite déposée via le RAV. Le RAV Thusis effectue un examen préalable formel et détermine si les critères du droit de l'assurance sont remplis avant de transmettre le dossier à l'autorité décisionnelle cantonale supérieure. Dans le canton des Grisons, la décision matérielle finale concernant l'octroi des mesures FSE incombe à l'Office de l'industrie, du commerce et du travail (KIGA), plus précisément au service des mesures relatives au marché du travail (AMM), Ringstrasse 10 à 7001 Coire.
L'évaluation du contenu et de la microéconomie du projet soumis est réalisée par les spécialistes du service AMM du KIGA des Grisons. L'accent de cette évaluation est mis sur la viabilité économique et la pérennité du modèle d'affaires dans l'environnement de marché régional et surrégional. Si la faisabilité opérationnelle semble douteuse au vu des chiffres présentés, ou s'il s'avère que la personne assurée ne serait que partiellement occupée par l'entreprise projetée (sous-occupation) et resterait ainsi partiellement au chômage pour une durée indéterminée, le KIGA est légalement tenu de rejeter le projet. Les indemnités journalières de l'ALV ne doivent en aucun cas être utilisées pour maintenir artificiellement une sous-occupation durable ou un projet d'amateur non rentable par le biais de subventions de la communauté des assurés.
Outre l'octroi d'indemnités journalières, l'AVIG prévoit à l'art. 71a al. 2 une forme de prestation subsidiaire : la prise en charge du risque de perte par un cautionnement. Si la personne assurée demande cette option, le business plan est soumis à un examen de crédit bancaire encore plus rigoureux. Dans ce cas, le KIGA des Grisons transmet le dossier à une organisation de cautionnement reconnue et subventionnée par la Confédération. Pour le canton des Grisons, la responsabilité incombe principalement à la coopérative de cautionnement pour PME BG OST-SÜD, située à Saint-Gall, qui opère selon des principes de gestion d'entreprise, mais sans but lucratif. Cette coopérative peut accorder des cautionnements jusqu'à un montant maximal de 1 million de francs suisses, le fonds de compensation de l'ALV prenant en charge 20 % de ce risque en cas de perte (maximum 200 000 francs). La BG OST-SÜD évalue le modèle d'affaires, les prévisions pour les trois années à venir, la planification de trésorerie ainsi que la solvabilité des promoteurs au moyen de calculs de capacité financière détaillés.
La prise en charge d'un tel cautionnement entraîne des coûts pour les requérants : l'examen engendre des frais de base de 500 francs pour les crédits allant jusqu'à 30 000 francs, plus 100 francs pour chaque tranche supplémentaire de 10 000 francs, le SECO prenant en charge ces frais dans le cadre de la mesure FSE ; pour le cautionnement en cours, une prime de risque annuelle de 1,25 % du montant du cautionnement est prélevée ultérieurement. Un aspect temporel déterminant : si une personne sans emploi souhaite cumuler les indemnités journalières de la phase de planification avec une telle garantie de risque de perte, la demande correspondante doit impérativement être déposée au cours des 19 premières semaines de chômage contrôlé ; si seul un cautionnement sans indemnités journalières est demandé, le délai de dépôt s'élève à 35 semaines.
| Type de prestation FSE | Combinabilité | Délai formel de dépôt | Instance d'examen compétente |
|---|---|---|---|
| Indemnités de planification seules (max. 90 jours) | Peut être demandé comme mesure unique. | Pas de délai fixe (doit s'inscrire dans le délai-cadre ordinaire). | KIGA Grisons (Serv. AMM) |
| Cautionnement + Indemnités (Cumul) | Combine la libération des obligations et la sécurisation du capital. | Obligatoirement au cours des 19 premières semaines de chômage contrôlé. | KIGA Grisons & BG OST-SÜD |
| Cautionnement seul (Garantie du risque) | Pour les projets déjà entièrement planifiés. | Obligatoirement au cours des 35 premières semaines de chômage contrôlé. | KIGA Grisons & BG OST-SÜD |
Pièges lors de l'affiliation à AVS et dimensions du droit des assurances sociales
Le processus de transition du statut de chômeur salarié à celui d'indépendant est marqué en Suisse par un réseau dense et souvent peu intuitif d'obligations sociales et fiscales. La reconnaissance formelle du statut d'« indépendant » ne se fait nullement automatiquement par une inscription au registre du commerce, mais nécessite une procédure spécifique auprès de l'Assurance-vieillesse et survivants (AVS/AHV). Pour les personnes dont le siège social se trouve dans le Domleschg, la Caisse de compensation / SVA Graubünden, sise Ottostrasse 24 à Coire, est l'autorité matériellement et territorialement compétente. C'est là que se cachent d'importants pièges qui, en cas de planification insuffisante, peuvent conduire à des demandes de remboursement de prestations ALV, au refus de versements de la caisse de pension ou à de lourds rappels d'impôts.
Le dilemme juridique le plus lourd de conséquences se pose aux créateurs dès le choix de la forme juridique. La pratique du SECO (ch. K12) accorde certes aux participants FSE une liberté formelle dans le choix de leur véhicule juridique, mais les conséquences en droit des assurances sociales sont denses : si un créateur opte pour une entreprise individuelle ou une société en nom collectif, la SVA des Grisons le qualifie d'indépendant. Il supporte l'intégralité du risque entrepreneurial et paie des cotisations personnelles AVS/AI/APG à hauteur d'un maximum de 10 % sur son revenu net d'activité. Sous ce statut, l'obligation de cotiser à l'assurance-chômage disparaît ; en conséquence, en cas d'échec commercial, il n'existe plus aucune protection contre le chômage, et la conclusion d'une assurance-accidents obligatoire (LAA/UVG) s'efface au profit de solutions facultatives comme l'assurance par convention auprès de la Suva pour un maximum de six mois.
En revanche, si le créateur constitue une personne morale (Sàrl ou SA), il devient, selon la perspective dogmatique de la SVA des Grisons, un salarié de sa propre société. Cela l'oblige, lui et sa société, à verser l'ensemble des cotisations sociales paritaires, y compris les primes ALV et les cotisations à la prévoyance professionnelle (LPP/BVG), pour autant que le salaire dépasse le seuil d'accès de 22 050 francs par an. Toutefois, le « piège ALV » (inscrit à l'art. 31 al. 3 let. c AVIG) stipule que ces associés, malgré le paiement régulier des cotisations, n'ont droit à aucune indemnité en cas de réduction de l'horaire de travail (RHT) ni aux indemnités de chômage ordinaires en cas de baisse massive des commandes ou de crise, tant qu'ils peuvent influencer de manière déterminante les décisions stratégiques de l'entreprise en tant que gérants ou administrateurs. Le législateur évite ainsi les risques d'abus qui permettraient à des entrepreneurs de se mettre eux-mêmes au chômage partiel aux frais de l'ALV. Ce n'est qu'en cas de séparation définitive et irréversible de l'entreprise – par liquidation, faillite ou vente totale des parts et radiation du droit de signature au registre du commerce – que naît un droit légalement opposable aux indemnités de chômage.
Un autre piège juridique majeur est la question de la « fausse indépendance » (pseudo-indépendance). Lorsque les créateurs choisissent la voie de l'entreprise individuelle, la reconnaissance du statut par la SVA des Grisons se fait obligatoirement ex post, c'est-à-dire seulement après le début effectif de l'activité commerciale. Pour son évaluation, la SVA ne se base pas sur les déclarations contractuelles entre le prestataire et ses clients, mais analyse strictement la réalité économique effective. Pour être qualifié d'indépendant au sens du droit des assurances sociales, des critères impératifs doivent être remplis de manière cumulative : le créateur doit réaliser des investissements significatifs dans sa propre infrastructure commerciale, porter personnellement le risque d'encaissement et de perte financière, se présenter sur le marché sous son propre nom commercial et ne pas être soumis aux instructions de tiers dans l'exécution de ses mandats. La règle d'or des caisses de compensation est la pluralité des clients. Si le titulaire d'une entreprise individuelle réalise plus de 50 % de son revenu annuel auprès d'un seul client ou dispose de moins de trois clients indépendants, il existe une forte présomption de dépendance économique et de fausse indépendance. Si la SVA refuse la reconnaissance ou la retire ultérieurement lors d'un contrôle d'employeur ordinaire, les conséquences fiscales sont draconiennes : le « client » formel est requalifié ex tunc en employeur légal et est contraint de verser rétroactivement jusqu'à cinq ans les cotisations salariales et patronales AVS/AI/APG, ALV ainsi que les primes LPP sur les honoraires versés. Pour le participant FSE, cela signifie non seulement la perte de son indépendance, mais l'expose également au risque que le KIGA des Grisons remette en question les indemnités journalières accordées pendant la phase de planification, s'il apparaît que la soi-disant création d'entreprise était dès le départ destinée à dissimuler un emploi salarié sous le couvert d'un mandat.
Pour de nombreux créateurs, le capital accumulé dans les caisses de pension (LPP/BVG) constitue la principale source de financement de leur indépendance. Là aussi, la réglementation comporte des obstacles redoutables. Le versement en espèces de la prestation de libre passage en vue de la création d'une entreprise est autorisé par la loi sur le libre passage (LFLP), mais est soumis à des restrictions formelles strictes. Premièrement, ce versement n'est dogmatiquement possible que lors de la création d'une entreprise individuelle ou d'une société en nom collectif ; comme expliqué précédemment, le créateur d'une SA ou d'une Sàrl conserve le statut de salarié, ce qui lui interdit catégoriquement le retrait anticipé des fonds pour s'établir à son compte. Deuxièmement, les institutions de prévoyance exigent comme condition sine qua non une attestation officielle de la SVA des Grisons certifiant que la personne concernée est affiliée à la caisse de compensation à titre d'activité indépendante principale.
L'aspect le plus critique est cependant le délai absolu d'extinction : la demande de versement en espèces du capital de prévoyance doit impérativement être déposée auprès de la caisse de pension ou de la fondation de libre passage dans les 12 mois suivant le début effectif de l'activité indépendante. Si le créateur manque ce délai – par exemple parce qu'il a retardé son entrée sur le marché ou parce que le processus de reconnaissance auprès de la SVA des Grisons s'est éternisé en raison de demandes de précisions sur des factures ou des offres –, l'accès aux fonds de la caisse de pension à cette fin est irrévocablement perdu. En conséquence de l'absence d'affiliation LPP, toute personne souhaitant se constituer une prévoyance privée peut, en tant qu'indépendant sans caisse de pension, verser via le pilier 3a jusqu'à 20 % de son revenu annuel net (au maximum 36 288 francs pour l'année fiscale 2026) en bénéficiant de déductions fiscales.
En plus de ces considérations sociales, l'aspect fiscal ne doit pas être négligé : les indemnités journalières de chômage perçues auprès du KIGA pendant la phase de planification constituent un revenu imposable au sens du droit fiscal, c'est pourquoi les bénéficiaires doivent constituer des provisions adéquates pour les impôts cantonaux et l'impôt fédéral direct.
Désinscription du RAV Domleschg et conséquences juridiques après la phase de planification
Pour les personnes à la recherche d'un emploi domiciliées dans les communes du Domleschg, le centre régional de placement (RAV) de Thusis constitue le principal point de contact avec l'assurance-chômage. L'échéance de la phase de planification autorisée de 90 jours maximum marque un tournant juridique de première importance, au cours duquel une décision définitive et contraignante sur l'avenir professionnel de la personne assurée doit être prise.
Immédiatement après l'expiration de la phase de planification accordée, mais au plus tard de manière synchrone avec la perception de la dernière indemnité journalière FSE, la personne assurée est légalement tenue de déclarer par écrit au service des mesures relatives au marché du travail du KIGA des Grisons à Coire ainsi qu'au conseiller en personnel du RAV Thusis si le projet esquissé dans le business plan sera effectivement réalisé et si l'activité indépendante principale commencera ou non. Ce moment exige une décision strictement binaire. Une poursuite hybride, dans laquelle la personne continuerait à développer en arrière-plan son projet FSE pas tout à fait mûr à temps partiel, déclarerait son indépendance comme gain intermédiaire tout en continuant à percevoir des indemnités journalières de l'assurance-chômage ordinaire, est catégoriquement interdite par l'ordonnance après le versement des indemnités de planification.
Scénario A : Lancement réussi de l'activité indépendante et filet de sécurité de l'ALV
Si le créateur opte pour la mise en œuvre opérationnelle de son projet, la désinscription officielle du placement public auprès du RAV Thusis a lieu, ce qui met fin au statut de personne inscrite au chômage. Cette étape supprime toutes les obligations liées au marché du travail, mais également le droit aux versements mensuels d'indemnités journalières ordinaires.
Afin de favoriser la prise de risque nécessaire à la création d'entreprise et d'atténuer les conséquences dramatiques d'un échec entrepreneurial précoce, l'AVIG intègre à ce niveau un mécanisme de protection juridique substantiel. Pour les personnes qui effectuent le passage à l'indépendance après une phase de planification soutenue par l'ALV, le délai-cadre ordinaire de deux ans pour l'octroi des prestations est massivement prolongé à quatre ans (art. 71d al. 2 AVIG).
Si la jeune entreprise s'avérait non viable au cours de cette période étendue de quatre ans, ce réseau de sécurité permet à la personne d'abandonner formellement et définitivement son activité indépendante et de se réinscrire comme chômeur auprès de sa commune de résidence et du RAV Thusis. Elle peut dans ce cas faire valoir le solde de ses indemnités journalières initialement ouvertes (les 90 indemnités journalières FSE déjà consommées étant déduites), sans avoir à remplir la condition d'une nouvelle période de cotisation de douze mois issue d'un travail salarié. Cette disposition préserve efficacement les créateurs en échec d'un passage direct à l'aide sociale cantonale. Le Tribunal fédéral a confirmé dans des arrêts de principe (tels que l'ATF 133 V 133) que cette prolongation du délai-cadre à quatre ans s'applique non seulement aux exploitants d'entreprises individuelles pour éviter toute inégalité de traitement, mais doit être invoquée explicitement pour les personnes assimilables à un employeur ayant fondé une Sàrl ou une SA et l'ayant liquidée de manière prouvée.
Scénario B : Abandon du projet et retour aux obligations de contrôle
Si, au terme de la phase de planification et après une étude approfondie du marché, le requérant conclut que son projet ne résiste pas à l'épreuve de la réalité économique ou que le financement nécessaire ne peut être réuni, il doit renoncer au lancement de son activité indépendante principale. Les conséquences juridiques de cet abandon sont strictes et exigent une action immédiate.
Premièrement, le projet soutenu par la FSE doit être abandonné intégralement et définitivement ; sa poursuite en tant que hobby ou activité accessoire réduite tout en percevant des indemnités ALV est interdite par la loi. Deuxièmement, dès le premier jour suivant la fin de la phase de planification, la personne est de nouveau entièrement soumise aux prescriptions de contrôle de l'assurance-chômage. La suspension des obligations est levée ; la personne assurée doit immédiatement fournir la preuve de recherches d'emploi personnelles sous forme de candidatures qualifiées auprès du RAV Thusis et est contrainte d'accepter immédiatement tout travail salarié convenable afin de réduire le dommage.
Le comportement du requérant pendant et à la fin de la phase de planification revêt une importance juridique particulière. Si la personne interrompt la phase de planification par sa propre faute ou si, après avoir perçu l'intégralité des 90 indemnités journalières, elle renonce à la création effective de l'entreprise pour des motifs purement subjectifs et fautifs, l'AVIG prévoit des mécanismes de sanction sévères. Selon l'art. 30 al. 1 let. g AVIG, l'office cantonal prononce dans de tels cas une suspension du droit aux prestations. Cette sanction prive la personne au chômage de son indemnité journalière pendant un nombre défini de jours, le niveau de la sanction étant proportionnel au degré de la faute, tout en étant légalement limité dans cette configuration spécifique à un maximum de 25 jours de suspension.
| Étapes clés & Délais critiques | Durée / Échéance | Pertinence dans le droit des assurances sociales pour le processus FSE |
|---|---|---|
| Demande de cautionnement avec indemnités | Dans les 19 semaines | Délai à compter du début du chômage pour déposer la demande en cas de cumul (ALV et BG OST-SÜD). |
| Durée maximale de la phase de planification | 90 indemnités journalières | Correspond à environ quatre mois ; dispense totale des obligations de contrôle du RAV et des recherches d'emploi. |
| Point de décision (Réalisation) | Dernier jour de la phase | Communication écrite obligatoire au KIGA Grisons et au RAV Thusis concernant le lancement ou l'abandon du projet. |
| Retrait anticipé LPP / Caisse de pension | 12 mois | Délai absolu d'extinction après le début de l'activité indépendante pour déposer la demande de versement auprès de la caisse de pension. |
| Prolongation du délai-cadre ALV | 4 ans | Prolongation du délai-cadre de perception des prestations servant de réseau de sécurité en cas d'abandon formel et définitif. |
| Sanction en cas d'abandon fautif | Max. 25 jours de suspension | Blocage des indemnités journalières selon l'art. 30 al. 1 let. g AVIG si le projet soutenu est abandonné sans motif objectif. |
S'il devait s'avérer lors de contrôles ultérieurs des caisses de compensation ou des caisses de chômage que les indemnités journalières de la phase de planification ont été obtenues sous de fausses déclarations – par exemple si le KIGA constate que l'entreprise soi-disant projetée était déjà pleinement opérationnelle avant l'approbation de la FSE ou qu'il existait en fait déjà un emploi salarié dissimulé sous le couvert de l'indépendance –, la loi qualifie impérativement les sommes perçues d'obtention indue de prestations. Conformément à la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales (art. 25 al. 1 LPGA/ATSG), la caisse de chômage doit exigiblement demander le remboursement de ces montants.
Les délais de prescription pour ces demandes de restitution sont stricts : le droit de demander la restitution s'éteint en règle générale trois ans (délai relatif) après que la caisse en a eu connaissance, mais au plus tard cinq ans après le versement de chaque prestation (délai absolu). La jurisprudence du Tribunal fédéral précise en outre que pour les restitutions découlant d'actes punissables (comme l'escroquerie lors de la demande), le délai de prescription pénal plus long est déterminant ; ce délai plus long s'étend, selon l'ATF 147 V 417, également aux héritiers du bénéficiaire fautif, étant donné que les dettes de restitution relèvent de la succession universelle du droit des successions et ne présentent pas un caractère pénal hautement personnel. Une remise de la restitution n'est possible qu'en cas de bonne foi prouvée et de grande rigueur financière simultanée, ce qui est catégoriquement exclu en cas de tromperie délibérée des conseillers du RAV.
Conclusion
La mesure RAV 'Encouragement de l'activité indépendante' (FSE) se présente comme un instrument hautement efficace, pertinent au niveau économique, mais extrêmement exigeant sur les plans administratif et juridique de l'assurance-chômage suisse. L'octroi des 90 indemnités journalières de planification par le service spécialisé AMM du KIGA des Grisons nécessite non seulement la présentation d'un projet sommaire solide et financièrement réfléchi, mais implique également l'exclusion totale de toute faute propre causale lors de la résiliation du contrat de travail précédent.
Les futurs entrepreneurs de la région couverte par le RAV Thusis doivent impérativement être conscients de la portée étendue de leurs décisions au niveau des assurances sociales. La tension juridique entre le choix de la forme juridique (entreprise individuelle versus Sàrl/SA) et la reconnaissance du statut d'indépendant par la SVA des Grisons comporte des risques financiers existentiels. Ceux-ci vont des rappels de cotisations pour fausse indépendance avérée au blocage des prestations ALV pour les personnes assimilables à un employeur, jusqu'à la perte irréversible des droits à la caisse de pension en raison du dépassement de délais stricts. Seules les personnes qui effectuent une désinscription correcte au terme de la phase de planification de 90 jours et transfèrent en bonne et due forme leur activité entrepreneuriale sur le marché bénéficieront de la prolongation de quatre ans du délai-cadre ALV, qui sert de filet de sécurité étatique essentiel si le pas vers l'indépendance devait, contre toute attente, se soldent par un échec.


